Planète Aventure
Comparaison entre Sherlock Holmes le film et les jeux Frogwares
par LFP  |  06.04.2010  |  Article
Les amateurs de jeux d'aventure connaissent bien la célèbre série des aventures de Sherlock Holmes, développées par Frogwares depuis 2002. Reconnus comme de très bons jeux par les experts en "holmésologie" eux-mêmes, chaque jeu brille par sa volonté de coller à l'univers du détective créé par Conan Doyle. Que ce soit la collection de reliques des aventures de Holmes entreposées à Baker Street, ou de subtiles références dans les dialogues, les allusions aux aventures écrites par Conan Doyle sont nombreuses, et la logique du détective suit celle des romans ("éliminer l'impossible, et ce qui restera sera la vérité", "le passé éclaire souvent le présent", ...).

En somme, ces nouvelles aventures "vidéoludiques" de Sherlock Holmes sont devenues de plus en plus réputées ces dernières années. Serait-ce au point que cette série devienne à son tour la source d'inspiration de nouvelles œuvres issues de l'univers de Sherlock Holmes ? Voilà qui semble assez surprenant, mais c'est pourtant ce que l'on pourrait penser ! Que vous soyez un holmésien convaincu ou un simple amateur, vous n'avez pas pu passer à côté de la récente sortie en salles du film "Sherlock Holmes", mettant en scène Robert Downey Jr. dans le rôle-titre et Jude Law dans le rôle de Watson. Et si vous avez eu l'occasion de jouer aux jeux de Frogwares sortis une ou plusieurs années avant le film, vous avez probablement remarqué certaines similarités...

Il n'est pas étonnant, et même normal, de retrouver dans ce film un certain nombre de références au monde de Holmes, ainsi qu'à ses précédentes enquêtes, ses habitudes et sa logique, car le scénario se devait d'être proche des aventures d'origine. Toutefois, une multitude de détails sans rapport direct avec l'œuvre de Conan Doyle peuvent facilement être mis en parallèle avec certaines des aventures du détective réalisées par Frogwares. En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, de nombreuses similarités existent entre ce succès venu des États-Unis et deux des jeux vidéo du développeur ukrainien : "Sherlock Holmes – La Nuit des Sacrifiés" (sorti en 2006, remasterisé en 2008, abrégé SH3), et "Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur" (sorti en 2009, abrégé SH5). Le but de cet article tout en images est de s'amuser à chercher et présenter les divers éléments communs au film et à ces deux jeux... Bonne lecture !

Petit avertissement : si vous n'avez pas encore vu le film, ou si vous n'avez pas encore joué aux jeux "Sherlock Holmes – La Nuit des Sacrifiés" et/ou "Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur", sachez que vous apprendrez de très nombreux éléments sur les différents scénarios à la lecture de cet article, et que votre plaisir personnel de découverte pourrait être gâché. Vous êtes prévenu !

LFP, le 31 mars 2010

Commençons par le commencement... Et regardons comment l'appartement du 221 B Baker Street est présenté au joueur / spectateur. Dans les deux cas, nous avons une petite promenade dans Baker Street, avant d'arriver au 221b, ce numéro étant cadré bien en évidence. Puis, par un lent travelling, la caméra monte progressivement jusqu'à la fenêtre du premier étage où l'on aperçoit Holmes (dans le jeu) ou Watson (dans le film) regarder par la fenêtre d'un air songeur :

FILM
JEU "La Nuit des Sacrifiés
Nous voici dans Baker Street
La caméra passe devant la porte du numéro 221b
Lent travelling amenant aux fenêtres du 1er étage
Amenant sur le visage pensif de Watson dans le film, et de Holmes dans le jeu


Voilà donc une première séquence quasiment identique entre le film et le jeu SH3. Élémentaire ! Mais les parallèles entre film et jeux ne s'arrêtent pas à de simples similarités de séquences et de plans. On peut en effet remarquer une singulière ressemblance entre la trame du film et celle du jeu "La Nuit des Sacrifiés" (SH3).

I– Sherlock Holmes (film de 2009-2010) et La Nuit des Sacrifiés (jeu vidéo de 2006) : un scénario très proche

Dans les deux intrigues, Holmes et ce bon vieux Watson doivent faire face à la volonté malsaine d'un homme représentant une sévère menace pour toute l'Angleterre, voire le monde entier. Dans le film, Holmes connaît tout de suite l'identité de cet homme représentant le "mal absolu" : Lord Blackwood. Dans le jeu, la situation est différente, car ce n'est qu'à la toute fin du jeu que Holmes découvre l'identité de Rochester, l'homme à la tête de l'impressionnant réseau de psychopathes que le détective a dû approcher au plus près pour comprendre l'origine commune qui les pousse à de leurs actes.

Dans les deux cas, nous avons affaire à un personnage machiavélique, attaché à des rituels s'apparentant à de la magie noire. Un personnage sombre, sinistre, dont l'ambition est de s'emparer d'un pouvoir suprême pour dominer, si ce n'est l'univers, au mois l'humanité toute entière... Deux garçons peu fréquentables, en somme. Les deux personnages ont déjà sacrifié de nombreux innocents nécessaires à l'accomplissement des instructions d'un livre satanique qu'ils suivent à la lettre. Blackwood parle ainsi à Holmes de ses cinq "victimes nécessaires" lorsqu'il est en prison, et précise qu'il s'agit de "cinq vies inutiles qui auront servi un destin sublime". Au moins, voilà un homme qui ne mâche pas ses mots et sait annoncer la couleur. Qu'en est-il de Rochester ? Cet homme a mis en place un réseau spectaculaire pour que de nombreuses victimes innocentes lui soient amenées, là encore pour les sacrifier de manière à suivre le rituel satanique qui lui tient à cœur. Le serviteur Maori du Capitaine Stenwick, disparu au début du jeu et qui lance ainsi Holmes dans son enquête, n'est autre que l'une des victimes du déséquilibré.



Blackwood et Rochester se basent tous deux sur les rituels et les incantations d'un vieux livre de magie noire à tendance satanique.

Il serait aussi très intéressant de nous pencher sur la façon dont Sherlock Holmes parvient à approcher et comprendre la logique de l'homme machiavélique (Blackwood / Rochester) dont il souhaite entraver les projets. Dans les deux cas, le détective se trouve momentanément dans une impasse, n'arrivant pas à lier les divers éléments qu'il a à sa disposition pour reconstituer et comprendre la logique de son ou ses adversaires.

Dans le film, arrive un moment où Holmes ne parvient pas à comprendre la logique que suit Blackwood et qui l'a poussé à commettre ses récents meurtres. La psychologie de son adversaire lui semble alors insaisissable, et le détective se rend compte que son adversaire a encore plusieurs longueurs d'avance sur lui. A la fin de son entrevue en prison avec Blackwood, ce dernier lui a gentiment conseillé de "durcir son esprit" pour "élargir ses perceptions". Et Holmes décide effectivement d'élargir ses perceptions par l'intermédiaire de l'alcool et d'autres substances peu avouables : le détective entre alors dans une phase de transe singulière...

Parallèlement, dans le jeu "La Nuit des Sacrifiés", lors du retour de Louisiane de Sherlock Holmes, celui-ci se rend compte que malgré la longue piste qu'il a suivie et qui l'a amené sur le continent américain avant de le ramener en Europe, il lui est impossible de lier les divers éléments qu'il a précédemment découverts, et semble donc là encore momentanément dans une impasse. La dernière piste dont il dispose pour comprendre les raisons d'agir de celui qui est à la tête du dangereux réseau qu'il a découvert est le livre de rituels sataniques évoqué ci-dessus. Holmes essaie alors de comprendre sa signification, et décide pour cela de mettre en pratique les rituels qui y sont décrits pour pouvoir juger de leurs effets. Après avoir, de plus, un peu forcé sur diverses substances toujours aussi peu recommandables, le détective rentre ici aussi en transe le temps d'une courte cinématique...



Même technique utilisée par Holmes dans le film et le jeu pour comprendre la logique d'action de l'ennemi : passer par une phase de transe pour s'ouvrir l'esprit.

Cette séquence est dans les deux cas rapidement suivie par la découverte d'une piste essentielle qui va permettre au détective de comprendre la logique et donc les futurs plans de son adversaire.

Dans le film, la transe de Holmes lui permet directement de remettre "les éléments dans le bon ordre" pour pouvoir déterminer la logique d'action de Blackwood, et donc le lieu de son prochain meurtre. Au petit matin, malgré une gueule de bois particulièrement sévère, le détective parvient à expliquer ses découvertes nocturnes à Watson et à Irène Adler grâce à un schéma de Londres qu'il a dessiné au sol.

Dans le jeu, le "déclic" ne se produit pas aussi simplement. Malgré toute sa bonne volonté, le détective n'a pu décrypter le livre que de manière partielle, et n'a pas réussi à trouver de lien entre les activités du Docteur Gygax en Suisse, les atrocités découvertes à la Nouvelle-Orléans et la disparition du serviteur de Stenwick. Il ne faut toutefois pas attendre longtemps pour que Holmes ait soudain l'intuition que de récents naufrages survenus en Écosse aient un lien direct avec son enquête – ce qui le mènera très rapidement à retrouver l'homme qu'il poursuit depuis le début.

Élément intéressant : les rituels accomplis par Blackwood et Rochester, dont Holmes finit par comprendre la logique, impliquent tous deux la figure de pentagramme directement liée aux cultes sataniques. Encore un élément qui rapproche nos deux compères machiavéliques.



Le pentagramme, figure importante des rituels de Blackwood et Rochester.

Une fois la logique de Blackwood et Rochester comprise par le détective, celui-ci n'a plus qu'un but : STOPPER LE MÉCHANT avant qu'il ne soit trop tard. Et l'adrénaline ne serait pas au rendez-vous si ces deux fourbes n'étaient pas sur le point d'arriver à leur ultime but.

Dans "La Nuit des Sacrifiés", Holmes se rend finalement jusqu'à un phare écossais, au sommet duquel Rochester appelle l'Entité diabolique qui doit détruire l'humanité à l'exception de lui-même et de ses quelques fidèles. Après quelques redoutables embuches à la fois pour le détective et pour le joueur se trouvant derrière son écran, Holmes et Watson parviennent finalement en haut du phare à quelques instants de la fin du rituel. In extremis, le détective parviens à faire échouer le processus. Rochester, persuadé que l'Entité suprême est tout de même de retour pour dominer le monde ("Il est là, Il est venu !"), se jette dans les bras de son Maître, c'est-à-dire... dans une gigantesque vague qui se fait une joie de l'engloutir. Reste que la vague en question, d'une taille et d'une puissance surnaturelles, laisse entendre un fond de vérité dans les propos d'apparence farfelus de Rochester. On n'en saura pas beaucoup plus sur cette surprenante éventualité.

De manière similaire au jeu vidéo, le film se termine par une confrontation entre Sherlock Holmes et Blackwood en altitude... Cette fois-ci, nous ne sommes plus au sommet d'un phare, mais perchés en haut du chantier du célèbre Tower Bridge, le pont londonien reliant les deux rives de la Tamise. Après quelques tentatives vaines de Blackwood pour réduire Holmes en miettes, la situation tourne à l'avantage du détective, qui profite de la position préoccupante de son adversaire pour enfoncer le clou en lui montrant qu'il a parfaitement compris la mascarade à laquelle le dangereux homme s'est livré. En effet, contrairement au jeu vidéo, nous apprenons finalement que tous les actes de magie noire perpétrés par Blackwood n'étaient qu'un leurre, un simple moyen d'impressionner son entourage pour susciter la peur... C'est là que le spectateur est sensé se dire "ah... d'accord... il va falloir que je revois ce film une deuxième fois parce maintenant que je sais, je vais voir toute l'intrigue d'un autre œil". Suite à quoi, par un ultime rebondissement, Blackwood chute finalement dans le vide et son cou se retrouve malencontreusement accroché à une chaîne. Fort désagréable, sans aucun doute. Quoiqu'il en soit, "cette fois-ci est la bonne" : Blackwood, comme son homologue Rochester, passe définitivement l'arme à gauche à la fin de l'aventure.



Que se soit au bout d'une chaîne ou dans une vague géante, l'homme machiavélique des deux affaires termine mal...

Habituellement, lorsque le méchant de l'histoire est mort, on est content et le glorieux défenseur du Bien finit aux Bahamas avec une jeune femme pleine de bonnes intentions. Mais de toute évidence, cela n'aurait pas collé avec le caractère du détective londonien. Comment conclure, dans ce cas ? Tout simplement en faisant appel au canon holmésien et en ressortant le bon vieux Professeur Moriarty, "ennemi intime" de Sherlock Holmes imaginé par Conan Doyle, et que l'on a déjà ressuscité moult fois de sa fâcheuse dégringolade dans les chutes de Reichenbach en compagnie de Sherlock Holmes...

Commençons par nous intéresser au film. Moriarty apparaît pour la première fois en compagnie d'Irène Adler, dans le fiacre que celle-ci prend après son premier passage au 221b Baker Street. L'homme est caché dans la pénombre, et le seul détail que peut remarquer Holmes en passant la tête par la fenêtre du fiacre est une marque de craie sur le manteau de l'inconnu. D'où une déduction fort légitime : cet homme doit être professeur. Moriarty refait une apparition dans un train, toujours en compagnie d'Adler. Ces deux-là manigancent un coup tordu, mais semblent agir eux aussi contre la volonté de Blackwood. C'est finalement après la mort de Blackwood qu'Irène Adler, que l'on croyait elle aussi morte, explique à Holmes les larmes aux yeux que cet homme si mystérieux n'est autre que le Professeur Moriarty (que Holmes ne connaît pas encore), un homme diablement intelligent qui a utilisé la jeune femme pour tenter de manipuler les sentiments de Holmes et dérober sous le nez de celui-ci une pièce essentielle d'une des machines de Blackwood. Bref, un homme encore peu recommandable, et qui a l'intention de causer du tort au détective.

L'ouverture finale du film est donc cette nouvelle menace à laquelle Holmes va devoir se confronter, avec les conséquences que tout holmésien connaît...

Et le jeu vidéo, alors ? Même chose : de retour à Baker Street, le joueur assiste à un monologue interne de Holmes, permettant de remettre en ordre les divers éléments que le détective a découverts au cours de son enquête. A la fin de ce monologue, Watson arrive et questionne Holmes sur les derniers points encore un peu flous de leur récente aventure. Ce à quoi Holmes finit par conclure : "Il s'agit du passé. C'est l'avenir qui m'inquiète". Watson l'interroge : "Que voulez-vous dire ?". La dernière réplique de Holmes mettra un terme au jeu : "Nous avons éliminé, ou cru le faire, un danger redoutable pour notre société. Mais ce faisant, nous en avons exhumé un autre. Un danger latent, comme une bombe chargée de haine et d'esprit de vengeance. Un visage que je ne connais que trop bien...". Référence évidente à Moriarty, que Holmes a rencontré avec effarement à l'Edelweiss Noir, un "hôpital" psychiatrique situé en Suisse. L'action du jeu se déroule en effet en 1894, donc après l'épisode tragique des Chutes de Reichenbach. Si Holmes s'est remis sans problème de ce Dernier Problème, ce n'est visiblement pas le cas de Moriarty qui y a laissé une partie de ses facultés d'esprit. Quoiqu'il en soit, Holmes se trouve dans une situation critique au moment où il rencontre Moriarty, et risque fort de se faire attraper par le désagréable Dr Gygax. Il faut donc provoquer une diversion. Holmes, déguisé en médecin, décide alors de sortir Moriarty de son état second en ouvrant la porte de sa cellule, et en lui annonçant d'un ton très persuasif que l'un des hommes qui se trouve à l'étage n'est autre que Sherlock Holmes. En entendant ce nom, Moriarty sort soudainement de sa torpeur et se précipite à l'étage avec la rage chevillée au corps, près à écraser une dernière fois son vieil ennemi – qui se trouvait en fait à côté de lui un instant plus tôt. Enragé jusqu'à la moelle, Moriarty réussit visiblement à s'échapper de l'établissement sans pouvoir être maîtrisé par les autorités de l'Edelweiss Noir. Le bon vieux Professeur est désormais en liberté, et a probablement retrouvé ses facultés mentales suite à cet événement. C'est donc bien lui, le "danger latent", l'homme dont Holmes connaît si bien le visage. Comme le film, le jeu se conclue donc sur le nouveau danger que représente Moriarty pour le détective.



Le Professeur Moriarty apparaît aussi bien dans le film que dans le jeu.



Dans les deux cas, Moriarty est en liberté et a bien l'intention de causer du tort au détective. A gauche : une image du film lorsque Moriarty explique à Adler qu'elle doit manipuler les sentiments de Holmes. A droite : une capture du jeu lorsque Moriarty, enragé, est libéré par Holmes pour organiser une diversion.



L'ouverture finale du film et du jeu est la même : Moriarty est le nouveau danger auquel devra faire face le détective. A gauche : Irène Adler expliquant à Holmes que Moriarty est un homme redoutable. A droite : Holmes expliquant à Watson que Moriarty est désormais la nouvelle menace qui le préoccupe.

Notons toutefois que la conclusion mettant en scène la menace du Professeur Moriarty n'est pas une nouveauté, et se trouve même être un quasi-classique présent dans divers films mettant en scène Sherlock Holmes. Les exemples sont nombreux, mais si nous devions en citer un, sans doute mettrions-nous en avant le film intitulé Le Secret de la Pyramide, auquel a participé Steven Spielberg. Ce film présente avec humour ce qui serait la toute première aventure du détective en compagnie de Watson, alors que ceux-ci sont encore étudiants. Si le canon holmésien est un peu bousculé dans ce film, le résultat reste très appréciable, notamment grâce aux nombreux clins d'œil faits aux "futures" aventures du détective... dont un clin d'œil inattendu à Moriarty.

II – Éléments communs au film et aux aventures réalisées par Frogwares

Nous venons de voir que le scénario du film pouvait facilement être mis en parallèle avec celui de La Nuit des Sacrifiés. Les ressemblances avec les jeux de Frogwares ne s'arrêtent pas là. Certains plans, scènes et personnages semblent communs aux jeux de Frogwares et au film de Guy Ritchie. Présentation en images, bien sûr...

Dans le dernier volet des aventures de Sherlock Holmes sur PC (et Xbox 360) intitulé Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur (SH5), Holmes et Watson ont l'occasion de se rendre à plusieurs reprises dans un dispensaire. De même, une courte séquence du film se déroule dans un dispensaire ou un hôpital. Plusieurs éléments sont communs aux deux endroits :



Une lampe faiblarde, principale source de lumière, un médecin fort occupé, un subtil clair-obscur... Une scène très semblable entre le jeu SH5 et le film.

Dans le film, cette courte séquence à l'hôpital se termine par un plan où le visage de Holmes
(déguisé en médecin) est au premier plan. Ce visage est alors particulièrement semblable à celui que
Frogwares a donné au détective dans La Nuit des Sacrifiés, lorsque le détective est aussi déguisé en médecin, et de manière encore plus frappante lorsque le détective est déguisé en un professeur du nom de Schwartz :



Holmes en médecin dans le film et en professeur Schwartz dans SH3 : une ressemblance frappante

A un tout autre moment du film, Holmes et Watson sont sur la Tamise, dans un bateau à vapeur qui semble être un Radiguet, en compagnie d'un marin au goût prononcé pour l'alcool. Comment s'empêcher d'établir un parallèle entre ce marin bourru et "Champagne", le marin de la Nouvelle-Orléans qui porte bien son nom, dans "La Nuit des Sacrifiés" ?



Le personnage du marin amateur d'alcool se retrouve dans le film et SH3.

Toutefois, dans le jeu, "Champagne" n'est pas à bord de la barque lors de l'expédition nocturne – et horrifique – de Holmes et Watson dans les dangereux marais de la Nouvelle-Orléans, contrairement au marin du film qui accompagne les deux amis sur le Radiguet. Malgré cette différence, celui qui se retrouve aux commandes du bateau est le même : le docteur Watson, décidément voué à s'occuper des tâches pénibles pendant que Holmes mène l'enquête.



Que se soit dans un bateau à vapeur ou dans une simple barque, c'est toujours Watson qui s'y colle...

Dans le film, ce voyage sur la tamise amène les deux compagnons jusqu'à un abattoir où de nombreuses carcasses de porcs sont entreposées. Un plan de quelques secondes montre des têtes de porcs disposées sur une table. Encore une fois, il est facile de tracer un parallèle entre cette scène et un épisode de Sherlock Holmes 5, lorsque Holmes et Watson réussissent à entrer de nuit dans la boucherie d'un dénommé Fletcher :



L'abattoir et les têtes de porcs sont un dernier point commun

III – Les "faux amis"

Peut-être que certains d'entre vous pensent avoir remarqué d'autres éléments de ressemblance frappants entre le film de Guy Ritchie et les derniers jeux Sherlock Holmes. Mais attention : certains éléments, bien que présents dans les jeux, sont aussi et avant tout issus des aventures de Conan Doyle... Attention donc à ne pas surinterpréter les similitudes film-jeux.



Les lettres "VR", sur le mur du 221b Baker Street

Ces lettres "VR", réalisées sur le mur du 221b par Holmes à coups de pistolet, est un clin d'œil à l'univers du détective décrit par son auteur, Conan Doyle. Il est en effet précisé au début de la nouvelle intitulée "Le Rituel des Musgrave" que Holmes, dans un accès de bizarrerie, a un beau jour décidé de graver ces initiales de "Victoria Regina" ("Reine Victoria") sur le mur de son appartement. Cet élément se retrouve d'ailleurs dans la reproduction du 221b Baker Street au Sherlock Holmes Museum de Londres (photo ci-contre).

Cette référence aux aventures de Sherlock Holmes se trouve dans les trois derniers jeux de Frogwares : La Nuit des Sacrifiés (SH3), Sherlock Holmes contre Arsène Lupin (SH4) et Sherlock Holmes contre Jack l'Éventreur (SH5). Dans le film, ces lettres sont réalisées par Holmes au début de l'intrigue, les coups de feu retentissant dans tout l'immeuble alors que Watson s'occupe de l'un de ses patients.

Un autre élément est emprunté à la fois par le film et les jeux de Frogwares à l'univers d'origine de Sherlock Holmes : la faculté qu'a le détective à se déguiser en diverses personnes, ce qui le rend méconnaissable – à quelques exceptions près. Nous avons déjà vu que Holmes se fait momentanément passer pour un médecin dans le film et SH3. Le détective réutilise ce stratagème en se déguisant en pauvre homme démuni au cours du film pour passer inaperçu lors de la filature d'Irène Adler, ce que fait aussi Holmes dans SH5, de manière à ne pas être repéré dans le quartier de Whitechapel à cause d'une tenue trop raffinée.



Sherlock Holmes, déguisé pour passer incognito

IV Conclusion

Vous vous attendez sans doute à ce que cet article se termine par une belle conclusion, faisant manger la poussière au film de Guy Ritchie, en terminant sur l'idée que le film a honteusement copié les jeux de Frogwares. Mais non. Car ce n'est certainement pas aussi simple.

Cet article a pour seul but de faire plaisir à tous les amateurs de bons jeux d'aventure et de bons films, qui aiment s'amuser à analyser les œuvres qu'on leur présente, et pourquoi pas, essayer de retrouver des structures communes entre deux réalisations a priori sans rapports. Cet article ne va pas plus loin.

Peut-être qu'effectivement, La Nuit des Sacrifiés a été l'une des sources d'inspiration de Guy Ritchie pour son film. Mais sans doute y a-t-il aussi une part de hasard. Les aventures de Frogwares sont réalisées en environ 18 mois, autrement dit le résultat final est d'une grande finesse, plein de détails, de situations très variées, et met en place un scénario plausible vis-à-vis de l'époque à laquelle se déroulent les aventures du détective. De même, le film de Guy Ritchie a été longuement mûri, comme la plupart des grands films américains, de manière à obtenir à nouveau un univers riche, détaillé, avec un brin d'humour subtil. De ce constat, il semble logique que deux univers aussi raffinés se recoupent sur certains détails et sur certaines scènes par le plus pur des hasards. Sans compter que de nos jours, il est devenu impossible de toujours inventer des scénarios complètement novateurs. Il sera toujours possible d'établir des parallèles entre deux œuvres, et de voir ici où là des éléments inspirés de telle ou telle autre intrigue. J'ai évoqué dans l'article le film Le Secret de la Pyramide, datant de 1985. Lorsque je l'ai visionné, je me rappelle avoir été frappé par les similitudes entre ce film qualifiable d'anodin, et le premier opus des aventures d'Harry Potter. Il paraît toutefois peu probable que J. K. Rowling se soit inspiré de l'hypothétique jeunesse de Sherlock Holmes pour créer son fameux héros... Le hasard joue donc un certain rôle dans ces similitudes, mais c'est à vous, lecteur, d'interpréter tout cela comme bon vous semble.

Quoiqu'il en soit, je pense qu'il est intéressant de faire ressortir les divers éléments communs à ces deux œuvres, ne serait-ce que pour donner un peu de grain à moudre à tous les amateurs d'holmésologie, qui raffolent de tout ce qui a trait au héros londonien qu'ils apprécient tant...