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Réflexions sur la rédaction de soluces
par Reardon  |  13.04.2007  |  Aide

Non, je vous
le confirme, le solutionneur n’est pas d’essence divine. Ce n’est
pas un deus ex machina qui sait par anticipation la solution qu’on
attend de lui, qui survole le jeu avant même de l’avoir terminé,
qui rédige quand le jeu est encore dans l’œuf, avant même que les
concepteurs soient eux-mêmes conçus.



Les rédactions
de solutions dépendent de plusieurs critères mais surtout pas de celui
de la rapidité
:


1) Il faut
arriver à terminer le jeu ce qui peut prendre un certain temps ; le
solutionneur est un joueur comme un autre, ni plus doué, ni moins doué ;
il lui arrive de ramer, d’être bloqué, d’avoir recours à des
forums ou même à des solutions étrangères pour lever ses impasses.


Soyons clair :
Qu’on n’imagine pas que le solutionneur dispose de la science infuse
lui permettant de franchir les étapes les doigts dans le nez ou qu’il
ait des relations suspectes avec les concepteurs ; ces difficultés
il les rencontre comme tout un chacun ; lorsque donc, je dis consulter
des solutions étrangères, cela ne peut s’entendre que dans un sens
ponctuel, celui de débloquer une situation : je parle de rédaction
de solution et non de traduction et encore moins de plagiat, ce qui
n’est pas tout à fait la même chose et n’a sûrement pas le même
impact ; il faut aussi admettre que si les joueurs consultent des solutions
c’est parce que le jeu présente des difficultés.


1 bis) une
bonne solution ne peut pas être une traduction
; le solutionneur doit
découvrir le jeu et le comprendre et découvrir et comprendre ce qui
risque de faire buter le joueur moyen qui viendra à sa rencontre ; ce
type de démarche n’est pas uniquement instinctif ; j’en veux pour
preuve que les joueurs ne rencontrent pas tous les mêmes difficultés
aux mêmes endroits et que ce qui paraît difficile aux uns peut sembler
facile à d’autres ; la réflexion sur la difficulté ou la simplification
de la démarche la rendant évidente à quiconque se trouve coincé,
prend du temps ;


2) il faut
prendre le temps de rédiger un modus operandi qui soit compréhensible
par tous
; je parle là encore de rédaction au sens noble du terme avec
un recours à la phrase construite dans le respect de la syntaxe et
de l’orthographe, dans le respect de la langue et du lecteur ;


3) il faut
prendre son temps : pour ce qui me concerne je procède ainsi la plupart
du temps : d'abord je joue le jeu et prends des notes ; ensuite je rejoue
le jeu et je rédige et, croyez-le bien, il me faut autant de temps
pour découvrir le jeu que pour produire un travail fini et satisfaisant,
surtout si j'y inclus des images ; ce qui signifie que sur un jeu d'une
durée de vie de 25 heures en moyenne, j'en passe 50 ;


5) il faut
aussi de la disponibilité, ce qui n’est pas forcément évident lorsqu’on
exerce une activité professionnelle ;



4) reste anecdotiquement,
la question de la mise en ligne : personnellement et comme quelques autres
vrais rédacteurs de solutions (je pense en particulier à Lochness
dont la qualité des solutions est exemplaire), je ne dispose pas de
mon propre site : mes solutions sont simplement hébergées sur des sites
porteurs presque tous de qualité ; ce qui signifie que la mise en ligne
n’est pas de mon fait et que si les webmasters font de leur mieux,
tant en qualité qu’en célérité, il peut évidemment y avoir quelques
accrocs.


A qui s’adressent
ces solutions ? Essentiellement à deux catégories de personnes (qui
parfois n’en font qu’une).


1. Les forums
des sites officiels ne sont pas tous éphémères mais certains finissent
par disparaître ; d’autres forums existent où, en se donnant la peine
de chercher, on finit par trouver une réponse à la question qui nous
a fait les consulter ; mais sur d’anciens jeux les recours s’amenuisent
avec le temps et certains joueurs préfèrent posséder une solution
dans leur dossier leur permettant d’y recourir au moindre blocage
sans avoir à refaire une recherche sur l’Internet, ce qui parfois
– convenons-en- ressemble à un parcours du combattant.


2. En dehors
de cette catégorie des joueurs, il en existe une autre non négligeable
pour laquelle le jeu vidéo d’aventure réflexion devient l’équivalent
d’un roman, d’un livre d’images ou d’une bande dessinée ; pour
eux ils ne s’agit pas à proprement parler de jouer mais d’effectuer
un parcours romanesque en suivant une solution qui leur évite toute
anicroche ou tout chausse-trappe. Ils pratiquent le jeu avec une solution
qu’ils suivent de a à z, une attitude relativement plus active que
de regarder un film puisque pour connaître les tenants et aboutissants
de l’aventure leur intervention est nécessaire. Ils prennent une
autre forme de plaisir à ‘jouer’ sous réserve qu’il y ait un
scénario fort, un graphisme fin et une grande diversité d’énigmes
que parfois ils se donnent la peine de résoudre par eux-mêmes. Certains
conserveront cette démarche, d’autres franchiront le cap et deviendront
des joueurs effectifs.


Si le lecteur
souhaite une solution de qualité, celle-ci sera donc incompatible avec
le facteur rapidité, ces deux termes étant selon moi antinomiques ;
pour moi, un travail rapide demeure synonyme d’un travail bâclé.
Je n’ignore pas les enjeux que présente pour un site, une première
de n'importe quel ordre (news, tests, previews, soluces …), je sais
aussi qu'il y a des solutionneurs qui se contentent de brouillons (pour
être poli, mais sont-ce des solutionneurs ?) ; j’ai la prétention
de ne pas en être et si l’on attend de la qualité, alors il faut
laisser au rédacteur de solutions la liberté d’aller à son rythme.


Une autre remarque
connexe, c’est que rarement le jeu dont on rédige une solution est
gracieusement offert par les éditeurs. Si les testeurs possèdent cet
avantage leur permettant de juger et d’analyser un jeu avant même
sa sortie ou dans les premiers jours suivant celle-ci, le solutionneur
lui n’a souvent d’autre ressource que de se le procurer par ses
propres moyens et sur son budget personnel ce qui en ce qui concerne
le jeu d’aventure réflexion peut se chiffrer aisément : une vingtaine
de jeux par an au prix moyen d’une trentaine d’euros. Certes du
point de vue du joueur (ou de l’éditeur), une solution trop rapidement
donnée risque de tuer le jeu ; mais c’est oublier toute cette frange
du public dont j’ai parlé plus haut qui achète le jeu pour pouvoir
le suivre comme une partition romancée.



Ces réflexions
sont sans prétention et ne risquent pas d’épuiser un sujet aussi
controversé, mais elles veulent répondre à un certain nombre de questions
qui m’ont été posées, peuvent permettre peut-être de mieux comprendre
en quoi consiste ce rôle de solutionneurs et surtout souhaitent faire
prendre conscience à d’aucuns que le jeu d’aventure réflexion
puise son public dans une frange de la population qui en grande partie,
s’étant mise devant un ordinateur sur le tard, n’a plus pour cette
raison tout à fait 20 ans.


Reardon, mars
2007