Plan�te Aventure
Planete Aventure sur Facebook Planete Aventure sur Twitter Planete Aventure sur Steam
Dracula 3 La Voie du Dragon
Développeur Kheops Studio
Éditeur Microids
Distributeur Anuman Interactive
Date 20 avr 2008
Genre Mystère / Horreur
Vue 1ère personne 3D
Série Dracula
Compatibilité Windows 2000 / Windows XP / Vista / Windows 7 / Windows 8
Plateforme(s) iPad | Mac | PC
Gameplay Point & Click
PC
16.8
excellent
Test par Guidoflap
Tous aux abris ! Précipitez-vous dans la cuisine et attrapez vite une gousse d’ail… car le prince des vampires est de retour ! Après Dracula : Résurrection (1999), Dracula 2 : Le dernier Sanctuaire (2000), puis presque huit ans sans la moindre nouvelle, on avait presque fini par croire que son cas était définitivement réglé. Que nenni.

Dracula 3 : la Voie du Dragon s’inscrit en théorie à la suite des deux opus cités plus haut si l’on en croit le nombre "3" qui figure dans le titre. En réalité, l’action se situe cette fois au lendemain de la Première Guerre mondiale (en septembre 1920 pour être précis). Quant au joueur, il n’incarnera pas une troisième fois Jonathan Harker mais Arno Moriani, un jeune prêtre qui, lors du conflit, a été mobilisé dans l’armée italienne en tant qu’aumônier et infirmier. La paix revenue, Moriani se retrouve au Vatican et intègre la Congrégation des Rites1. À ce titre, il est envoyé dans le bourg de Vladoviste en Transylvanie – une région tout récemment rattachée à la Roumanie – afin d’enquêter sur une certaine Martha Calugarul, un médecin récemment décédé et dont certains demandent la canonisation1.

Sur place, le père Moriani n’a pas trop de mal à se forger une opinion : si Martha Calugarul semble bien avoir été une personnalité éminemment respectable, le culte que lui vouent les habitants du lieu relève à ses yeux plus de la superstition que de la foi catholique. En effet, l’ombre de Vlad Tepes (alias Dracula) plane sur Vladoviste et la rumeur semble déjà avoir fait du Dr Calugarul une sainte vouée à la lutte contre les vampires. Pour Moriani et son supérieur, il s’agit-là de folklore local et il est hors de question que l’Église catholique s’amuse à accréditer de telles croyances en procédant à une canonisation officielle. Pourtant, le jeune prêtre est intrigué… Car feu le Dr Calugarul avait apparemment découvert que certains habitants du coin présentaient une étrange anomalie sanguine. Et si les légendes de vampires cachaient quelque réalité ? C’est la piste que Martha Calugarul avait apparemment commencé à suivre. Arno Moriani reprend l’enquête. Une enquête qui, outre Vladoviste, va le mener à Budapest ainsi qu’en Anatolie où il devra explorer d’anciennes geôles troglodytes jadis utilisées par les Ottomans…

Débute donc une aventure se situant au confluent du fantastique, de la science et de l’histoire (ce qui ne surprendra pas ceux qui connaissent les précédents jeux signés Kheops Studios). Ces deux derniers éléments fournissent d’ailleurs pas mal de matière au scénario et aux énigmes. En effet, les récentes découvertes médicales sur le sang2, le contexte historique troublé de la Grande Guerre et de ses lendemains3 apportent ici un soupçon de réalisme au mythe du vampire qui, du coup, s’éloigne quelque peu de la figure fantastique et romantique dépeinte par Bram Stroker4.

Le scénario est donc a priori plutôt intéressant et original. Le problème est qu’il se voit progressivement enseveli sous une avalanche d’énigmes souvent difficiles. Passons sur les classiques énigmes d’inventaire (trouver le bon objet, l’utiliser à bon escient, etc.), lesquelles sont relativement peu nombreuses et ne posent pas réellement de problèmes. En revanche, les puzzles sont bien plus ardus, surtout qu’ils deviennent de plus en plus fréquents au fur et à mesure que l’on avance dans le jeu. Souvent, des indices, des pistes, sont révélés par les documents accumulés au cours de l’enquête (extraits de livres, lettres, documents iconographiques). Une bonne idée en théorie mais, en pratique, il devient vite fastidieux de consulter une liste de documents qui ne cesse de s’allonger, qu’il faut scruter à la loupe (au sens figuré comme au sens propre puisqu’une loupe est réellement disponible afin de repérer des détails invisibles à l’œil nu !) et dans laquelle il faut opérer un tri entre les documents indispensables et ceux qui le sont moins ! On l’aura compris, venir à bout de ce Dracula 3. nécessitera une bonne dose de minutie et de patience. Il est clair que certains joueurs apprécieront la complexité des énigmes. Pour d’autres, en revanche, le jeu tournera au supplice… Bien sûr, lors de tel ou tel jeu d’aventure, on peut sécher et, de guerre lasse, se résoudre à consulter une solution : c’est frustrant et pas vraiment gratifiant certes, mais cela passe lorsque l’on n’y a recours que de manière ponctuelle. Or, Dracula 3 pourrait bien tenter plus d’un joueur à faire appel, plus que de coutume, à une aide extérieure. Voilà un jeu qui fera sans doute fumer les neurones… mais qui risque surtout de faire fumer les forums d’entraide ! Si l’on peut reprocher à certains jeux d’aventure de prendre un peu trop le joueur par la main, ce ne sera ici pas le cas.

Dracula 3 : la Voie du Dragon est, du début à la fin, un jeu d’aventure "point & click" et se joue entièrement à la souris. Le bouton gauche de la souris permet d’interagir et le bouton droit permet d’accéder à un inventaire étendu comprenant les objets récoltés, une retranscription intégrale des conversations ainsi que les documents trouvés. Comme je l’ai écrit plus haut, ces derniers sont d’une importance capitale dans le jeu et l’on passe au final peut-être plus de temps à fouiller dans la "paperasse" qu’à fouiller les décors. L’interface vient néanmoins faciliter un chouïa le travail de recherche en offrant la possibilité de classer cette pléthore de documents selon plusieurs critères (par ordre d’acquisition, par lieu d’acquisition, par ordre alphabétique et même par ordre personnalisé).

Dracula 3 reprend le moteur graphique utilisé dans The Secrets of Da Vinci ainsi que dans le tout récent Nostradamus. On a donc affaire à un jeu en 3D précalculée, en vue subjective à 360°. Les décors sont plutôt bien réussis, à l’exception de certains extérieurs où les environnements éloignés apparaissent flous et font un peu mal aux yeux. à côté de cela, les cinématiques sont bien réalisées et soutiennent la narration. On y observe également quelques effets de flou sauf que là, au moins, ils apportent réellement une touche esthétique (la cinématique où, tout au début du jeu, l’on voit le père Moriani s’entretenir avec son supérieur dans le bureau romain de ce dernier est une réussite).

S’emparer du personnage de Dracula pour le précipiter dans les lendemains immédiats de la Première Guerre mondiale (autre "vampire", tellement le sang y a coulé), c’était une très bonne idée. Malheureusement, ce scénario alléchant de prime abord n’est pas ici exploité outre mesure. Encore accrocheur durant la première partie du jeu, il finit par servir de prétexte à une litanie de puzzles souvent corsés qui réjouira en priorité les amateurs de ce genre d’énigmes. À la longue, une bonne partie de l’attention est donc captée par ces dernières et l’on a tendance à ne plus accorder beaucoup d’importance à l’histoire et à l’ambiance (pourtant relativement réussie).

Notes :

1. La Sacrée Congrégation des Rites a réellement existé et fut créée en 1588. L’une de ses attributions était d’instruire les dossiers en canonisation – autrement dit, d’enquêter sur les cas de personnes susceptibles d’être déclarées "saintes", bref de jouer le rôle d’un juge d’instruction. Au final, si le pape seul a le pouvoir de canoniser ou non, c’est au terme d’une procédure (on parle même d’un "procès en canonisation") souvent longue (plusieurs années, voire plusieurs décennies). Aujourd’hui, cette institution existe toujours mais, après les réformes décidées par le concile Vatican II (1962-1965), elle porte le nom de Congrégation pour les Causes des Saints.

2. Récentes pour l’époque, bien entendu : Karl Landsteiner découvre les groupes sanguins en 1900, Albert Hustin trouve le moyen de retarder la coagulation en 1916. Les transfusions, quant à elles, réussissent de plus en plus.

3. En Europe centrale et orientale, la fin de la guerre de 14-18 s’accompagne de profonds bouleversements : des États disparaissent, d’autres naissent… Les traités de paix sont loin d’apaiser les mécontentements et les rancœurs qui restent vivaces…

4. Je renvoie bien entendu au Dracula de Bram Stoker qu’il faut lire absolument (plusieurs éditions disponibles). D’une part, ce roman est passionnant ; d’autre part, sans lui... eh bien, la littérature fantastique compterait – peut-être – une figure de moins, même si, auparavant, plusieurs autres auteurs (Goethe, Polidori, Le Fanu) ont évoqué le vampire.


Ce test de Guidoflap provient du Sanctuaire de l'Aventure, qui a fermé ses portes en septembre 2009