Plan�te Aventure
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Overclocked Thérapie de choc
Développeur House of Tales
Éditeur Anaconda
Distributeur Micro Application
Date 13 mar 2008
Genre Mystère / Enquêtes
Vue 3e personne 3D
Série
Compatibilité Windows XP / Vista
Plateforme(s) PC
Gameplay Point & Click
Test par Guidoflap
Imaginez-vous dans les rues d’un Manhattan noyé sous des pluies diluviennes. Soudain, une jeune femme à moitié nue surgit devant vous, pistolet au poing, puis se met à tirer en l’air tout en hurlant. Improbable, certes… Pourtant c’est bien ce qui, en ce jour de novembre, a occasionné une grosse frayeur à quelques badauds new-yorkais. Un simple fait-divers ? Pas sûr… car il s’agit tout de même du cinquième cas de ce genre enregistré en moins de deux jours ! Les autorités s’en inquiètent, en tout cas suffisamment pour dépêcher sur place un psychiatre… et c’est ce dernier que le joueur va devoir incarner.

David MacNamara est un jeune psychiatre qui a travaillé pour l’armée durant plusieurs années. C’est lui (donc vous) qui est chargé d’en apprendre davantage sur ces cinq jeunes gens, lesquels ont tous été admis dans un hôpital psychiatrique de Staten Island. Sur place, MacNamara découvre que cet établissement ressemble surtout à un asile d’aliénés d’un autre âge et qu’il est dirigé par un confrère hautain et adepte de la camisole chimique (plus prompt à user de psychotropes abrutissants que de parole). Et surtout, MacNamara découvre cinq jeunes patients totalement déboussolés, amnésiques et réfugiés dans un profond mutisme. En usant de ses propres méthodes, il lui faudra donc délier les langues et faire ressurgir les souvenirs. Ainsi, progressivement, des souvenirs récents puis, de plus en plus anciens, seront exhumés, permettant au psychiatre de remonter la chronologie et de reconstituer les événements qu’ont vécus les cinq jeunes gens durant les derniers jours. À chaque fois que l’un d’eux parvient à se remémorer un fragment de son histoire personnelle, une séquence "flashback" démarre. Dans certains cas sous la forme d’une simple cinématique mais le plus souvent sous la forme d’une phase jouable dans laquelle le joueur se voit incarner, non plus le psychiatre, mais le patient lui-même. L’idée est excellente, d’autant que, visuellement, elle est impeccablement mise en scène (les transitions entre les moments où l’on incarne David MacNamara et ceux où l’on incarne un de ses patients sont une réussite : lors de ces moments, l’écran se partage en deux, permettant de voir à la fois le psychiatre interrogeant ledit patient et ce dernier commençant à revivre les événements dont il vient de se souvenir).

Quant au psychiatre David MacNamara, il apparaît rapidement qu’il traîne derrière lui un passé plutôt obscur. Et, s’il se plie en quatre pour que ses patients recouvrent la mémoire, lui-même semble à l’inverse fort désireux d’oublier quelques épisodes troubles de sa propre histoire ! Le joueur ne manque donc pas de se poser quelques questions sur l’étrange personnage qu’il incarne. Un regret tout de même : si le passé du héros est évoqué régulièrement, il n’est pas pour autant convoqué au cours du jeu. Je m’explique : si la découverte progressive de ce passé donne de l’épaisseur au personnage et contribue à tenir le joueur en haleine, elle n’a aucune incidence sur les phases de jeu. Peut-être y aurait-il eu là une piste permettant de sortir Overclocked de sa linéarité (permettre, par exemple, au joueur d’effectuer des choix au fur et à mesure que les éléments troubles de la personnalité de MacNamara se dévoilent). Bref, le joueur incarne toujours le "gentil" David MacNamara (aux petits oignons avec ses patients) ; quant au David MacNamara tourmenté, il fait clairement partie des "personnages non jouables" ! Le dénouement apportera bien sûr un certain éclairage, mais sans brio, il faut bien le dire : le final ne brille en effet guère par son originalité.

Je passerai très rapidement sur le gameplay. Overclocked opte pour un système "point & click" à la 3e personne des plus classiques. Qu’il s’agisse des phases où l’on incarne David MacNamara ou celles où l’on incarne l’un ou l’autre de ses patients, qu’il s’agisse des déplacements ou de la gestion de l’inventaire, c’est votre bonne vieille souris que vous utiliserez tout au long du jeu ! à noter tout de même la présence d’un objet qui est aux héros des jeux d’aventure récents ce que le fouet était à Indiana Jones. Je veux bien sûr parler du désormais incontournable PDA ! à la fois téléphone portable, boîte mail et dictaphone, cet ustensile sera maintes fois utilisé au cours du jeu. Ce qui nous amène à parler des énigmes…

Overclocked est un jeu d’aventure fondé en priorité sur les énigmes d’inventaire (recherche et utilisation/combinaison d’objets) et sur les propos recueillis au fil de l’enquête. Rien à voir pour autant avec le système de dialogues utilisé par les mêmes développeurs dans The Moment of Silence1, car ici les sujets de conversation restent limités et conduisent directement aux informations nécessaires à la suite du jeu. David MacNamara, pour sa part, enregistre tous les entretiens avec ses patients à l’aide de son PDA, et c’est en faisant écouter (ou réécouter) ces enregistrements qu’il réussit la plupart du temps à forcer la porte de leur mémoire et à progresser dans son enquête. Le PDA est donc très régulièrement sollicité. Un peu trop dirais-je, car ces énigmes ont tendance, à la longue, à devenir quelque peu répétitives voire systématiques ("pour réveiller un souvenir enfoui chez l’un de vos patients, retrouvez le bon enregistrement"). Les puzzles logiques, quant à eux, sont quasiment inexistants (ce qui réjouira certes certains joueurs… mais en décevra d’autres !). Enfin, rassurons les fans de jeux d’aventure qui redoutent les phases d’action, les phases d’infiltration ou autres phases chronométrées : rien de tel ici. Dans l’ensemble, les énigmes se résolvent facilement, et peut-être même un peu trop facilement.

Les graphismes sont dans l’ensemble bien conçus et l’ensemble est tout à fait plaisant à l’œil. Les décors sont réussis et soutiennent efficacement la sombre ambiance du jeu, même si l’on remarque, çà et là, quelques textures manquant de finesse. Le bât blesse surtout au niveau des animations qui auraient mérité d’être mieux fignolées. On note en effet des faciès manquant d’expressivité ainsi que des cinématiques franchement perfectibles (par exemple, celles où le héros sirote son whisky au coin du bar sont ratées).

Terminons par la bande-son… Les musiques accompagnent efficacement l’intrigue tout en se gardant bien d’être envahissantes. Quant aux doublages en français, ils sont eux aussi fort convaincants à l’exception, peut-être, du doublage parfois un peu terne de David MacNamara lui-même.

Overclocked n’est pas exempt de quelques défauts et l’on peut légitimement s’amuser à pointer du doigt ces derniers : des énigmes assez peu compliquées laissant présager d’une durée de vie relativement courte, des animations clairement perfectibles, une fin un peu trop téléphonée. Soit… Pour le reste, on accroche avec plaisir aux nombreuses qualités du jeu : de bons graphismes, une mise en scène dans l’ensemble réussie, une très bonne bande-son, et surtout un scénario original et une ambiance prenante.

Avec Overclocked, House of Tales s’éloigne à peine du sombre et orwellien univers d’anticipation de The Moment of Silence. Glauque, pessimiste et à l’occasion sanglant, le jeu nous plonge dans un monde actuel somme toute guère plus reluisant2 ! Sans doute plus accessible et un brin moins ambitieux que son prédécesseur, Overclocked reste clairement un très bon jeu d’aventure.

Ce test de Guidoflap provient du Sanctuaire de l'Aventure, qui a fermé ses portes en septembre 2009

Notes

1. Dans The Moment of Silence, les conversations possibles avec les différents PNJ étaient très nombreuses.

2. Quelles que soient les références littéraires SF des scénaristes de House of Tales, je me permets d’inviter les joueurs à s’intéresser aux œuvres de George Orwell (1984, bien sûr !), de Philip K. Dick et de Norman Spinrad…