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Nostradamus La Dernière prophétie
Développeur Totem Studio
Éditeur Kheops Studio
Distributeur ElektroGames
Date 25 oct 2007
Genre Histoire / Mystère
Vue 1ère personne 3D
Série Histoire
Compatibilité Windows 98 / Windows 2000 / Windows XP / Vista / Windows 7 / Windows 8
Plateforme(s) iPad | Mac | PC
Gameplay Point & Click
PC
16.5
excellent
Test par Guidoflap
En ce 30 juin 1559, au cours d’un tournoi, le roi de France Henri II affronte le comte de Montgomery. Lors de la joute, la lance de Montgomery blesse le roi à l’œil. Henri II succombe à ses blessures le 10 juillet, en dépit des soins prodigués par le célèbre Ambroise Paré. Or, il apparut, après coup, qu’un certain Michel de Nostredame, médecin et astrologue, avait, prophétisé la mort du souverain : "Le lyon jeune le vieux surmontera,/En champ bellique par singulier duelle,/Dans caige d’or les yeux luy crevera,/Deux classes une, puis mourir, mort cruelle."

L’on sait finalement peu de choses sur Michel de Nostredame, alias Nostradamus. Né en 1503 d’un père notaire établi à Saint-Rémy-de-Provence, il s’inscrit à la faculté de médecine de Montpellier en 1529 (à peu près au même moment que Rabelais). Son intérêt pour la peste (qui sévit de manière récurrente depuis sa réintroduction en Europe occidentale au milieu du XIVe siècle) lui vaut une certaine notoriété. Mais il porte également son attention sur des sujets moins dramatiques comme… les fards et les confitures, sujets auxquels il va jusqu’à consacrer un traité (deux énigmes du jeu adressent d’ailleurs un clin d’œil direct à cet ouvrage). Après quelques pérégrinations en France et en Italie, Nostradamus se fixe à Salon-de-Provence. C’est là qu’il rédige, dans les années 1550, les almanachs et "pronostications" qui vont le rendre célèbre. Certes, ce genre populaire connaît à l’époque une abondante diffusion par le biais des colporteurs qui sillonnent les routes de France, mais dont la plupart de leurs auteurs sont aujourd’hui tombés dans l’oubli. Nostradamus, quant à lui, réussit à se distinguer. (Aujourd’hui encore, certains font leurs choux gras en recyclant sans cesse les quatrains de Nostradamus – ce dernier n’en demandait sans doute pas tant !) En effet, ses prédictions – sans doute en raison d’un talent littéraire qui se traduit par un langage poétique mais… pour le moins obscur – connaissent un réel succès. En 1555, il est reçu à la cour et, après la mort d’Henri II, sa réputation en sort encore grandie en raison du fameux quatrain (cité plus haut) qui semblait prédire la mort du roi… En 1564, lors d’un "tour de France", le roi Charles IX et sa mère Catherine de Médicis lui rendent visite à Salon-de-Provence et le voilà bombardé "médecin oridinaire du roi". Nostradamus suscite néanmoins quelque méfiance, notamment au sein du clergé qui n’apprécie guère les arts divinatoires… Le 2 juillet 1566, Michel de Nostredame s’éteint à l’âge de 63 ans.

L’histoire se déroule le temps de quelques jours de mars 1566, soit quelques mois avant la mort de Nostradamus, alors que le royaume de France est déjà bien miné par les querelles religieuses entre catholiques et protestants. Une sombre menace semble planer sur la famille royale : des personnes proches de la Cour ont en effet une fâcheuse tendance à tomber comme des mouches ! Suffisamment pour que Catherine de Médicis s’en inquiète et se décide à consulter… Nostradamus. Ce dernier semble en effet être l’auteur d’une prophétie inédite… Mais, fatigué par le poids des ans, il charge sa fille Madeleine de mener l’enquête. En dépit du titre, c’est donc Madeleine de Nostredame que le joueur incarnera tout au long du jeu. L’astrologue, même s’il est présent dans le jeu, fait ici surtout office de "consultant" ("comme on dit d’nos jours") et Madeleine ira d’ailleurs plusieurs fois quérir les conseils de son père mais… ce sera à elle de se débrouiller afin d’éclaircir l’affaire ! Par ailleurs, et contrairement à ce que l’on pouvait redouter en envisageant un titre ("Nostradamus") pour le moins connoté, l’on saura gré aux développeurs d’avoir évité l’écueil d’une intrigue destinée avant tout aux férus d’astrologie. Même s’il en est question, Nostradamus est ici présenté pour ce qu’il était très probablement, c’est-à-dire tout simplement un homme de son temps, raisonnant selon les connaissances et les croyances d’une époque où la frontière entre astrologie et astronomie n’était pas encore établie. Que celles et ceux qui, comme moi, sont plutôt allergiques aux horoscopes se rassurent donc : l’intrigue reste la plupart du temps fondée sur des énigmes bien terre-à-terre… Un regret tout de même : le contexte historique des guerres de religion aurait pu être davantage explicité, par exemple dans la cinématique d’introduction. Bien entendu, il n’est nul besoin d’avoir des connaissances approfondies sur la période pour terminer le jeu, mais quelques informations sur ces temps troublés auraient fourni un éclairage appréciable, surtout que quelques hauts personnages de l’époque interviennent dans l’intrigue même s’ils ne figurent pas en personne dans le jeu.

Les énigmes se partagent entre recherche d’objets et résolutions de puzzles, en passant par la composition de quelques mixtures (certaines plus ou moins "alchimiques" et d’autres tout simplement… culinaires). L’ensemble est plaisant et le niveau de difficulté relativement équilibré, allant du facile au moyennement difficile. Peut-être certains se plaindront-ils de l’absence de quelques énigmes un peu plus épicées. Notons tout de même que la dernière phase du jeu comporte deux énigmes successives corsées par le fait qu’il faille les résoudre en un temps limité, et le temps que l’on aura passé sur la première sera autant à passer en moins sur la seconde (il s’agit-là, néanmoins, de la seule phase "chrono" du jeu).

Le gameplay et l’interface sont bien pensés et intuitifs. Le jeu est un point & click à la première personne (vue subjective) et l’on évolue dans des décors en 3D précalculée avec vue à 360°. Par ailleurs, il est important de noter la présence d’un inventaire/journal qui, tout au long du jeu sera votre meilleur ami. Outre le fait qu’il vous permettra de vous remémorer les phases de votre enquête et les conversations que vous aurez eues, il sera aussi l’endroit où seront stockées certaines recettes et où, surtout, plusieurs énigmes seront résolues (par exemple, si un texte aura besoin d’être décrypté, c’est dans le journal que cela se fera). Une attention particulière devra donc être portée aux documents découverts : s’ils se logent bel et bien dans l’inventaire (parmi les autres objets collectés), ce sera toutefois au joueur de vérifier (par un simple glisser-déposer) s’ils trouvent leur place dans le journal. Un réflexe à acquérir, puisque certaines énigmes ne s’activent qu’à partir du moment où ces documents sont précisément rangés dans ledit journal.

Nostradamus : la dernière prophétie utilise manifestement le même moteur graphique que The Secrets of Da Vinci : Le manuscrit interdit, la précédente réalisation de Kheops Studio. Autrement dit, le joueur aura droit à des environnements réussis et détaillés et, excepté un léger flou dans les textures distantes, l’ensemble reste un plaisir pour l’œil. Du coup, ce que l’on regrette, c’est de ne pas avoir l’occasion de visiter et d’explorer un plus grand nombre de lieux ! En revanche, il est un peu dommage que les personnages rencontrés au cours du jeu (pas bien nombreux pourtant) n’aient pas bénéficié d’un plus grand soin. Je pense en particulier à Nostradamus qui, bien qu’ayant prêté son nom au jeu, apparaît assez pauvrement modélisé et animé (pour tout dire, Nostradamus semble littéralement soudé à son fauteuil et seuls quelques mouvements de son visage nous laissent à penser qu’il est vivant).

Un mot sur la bande-son… D’un côté, les doublages sont réussis et les bruitages également. De l’autre, l’accompagnement musical ne m’a guère emballé et ne m’a pas paru apporter grand-chose au jeu. Au moins n’est-il pas omniprésent. J’aurais pour ma part préféré quelques morceaux d’époque intervenant à point nommé et, surtout, "sentant" un peu moins le synthétiseur…

Avec une durée de vie se situant peu ou prou autour d’une dizaine d’heures de jeu, Nostradamus est peut-être un peu court. En effet, les personnages rencontrés ne sont pas très nombreux et le nombre de lieux que l’on parcourt est assez limité. Et, parmi ces derniers, l’on pressent rapidement lesquels il faut explorer et lesquels peuvent être promptement traversés. Mais ne soyons pas injuste : eu égard à quelques jeux vidéo comptant sur des déplacements incessants pour allonger leur durée de vie, il faut reconnaître que les développeurs de Nostradamus n’ont pas trop tiré sur ce genre de ficelle : plusieurs allers/retours entre la demeure de Nostradamus et le château de Salon seront nécessaires, mais ils seront rapidement effectués. Il n’empêche que le joueur n’aura pas affaire à une avalanche d’énigmes, et que quelques-unes de plus auraient été les bienvenues… Quant à la rejouabilité, elle est encouragée par la présence d’un système de points, lesquels s’additionnent à chaque fois qu’une étape est franchie, en sachant que quelques points supplémentaires pourront être récoltés, çà et là, en effectuant quelques actions facultatives n’ayant pas d’incidence sur la résolution de l’intrigue. Mouais… bof.

(Avant de conclure, signalons que Nostradamus : la dernière prophétie a été commercialisé en version de base et en version "collector" pour quelques euros de plus. Cette dernière ne propose qu’un package incluant, en plus du jeu, un livret où figurent quatorze prophéties traduites en langage courant et… rien de plus. Le livret est joliment mis en page et imprimé sur un papier dont le craquant est vraisemblablement censé reproduire celui du parchemin, mais on le feuillette en quelques minutes et on l’oublie…)

Nostradamus : la dernière prophétie est un fort bon jeu d’aventure. Le scénario – greffant une fiction sur un contexte historique réel – est intéressant, même s’il aurait gagné à ce que ledit contexte soit davantage précisé. Quant à la qualité des graphismes, elle vient soutenir efficacement le tout – à l’exception des PNJ qui, il faut le dire, ne sont guère somptueux. Par ailleurs, une durée de vie un peu plus conséquente n’aurait sans doute pas diminué les attraits du jeu.

Se situant, à mon avis, un tantinet en deçà d’un The Secret of Da Vinci, (réalisé par la même équipe et qui me semblait un peu plus riche en énigmes), Nostradamus reste tout à fait réussi et le joueur parviendra à s’y immerger avec plaisir. Kheops Studio confirme ici son goût (et son talent) pour les énigmes sur fond historique. L’on attend, bien évidemment – et de pied ferme ! – son prochain jeu d’aventure…


Ce test de Guidoflap provient du Sanctuaire de l'Aventure, qui a fermé ses portes en septembre 2009