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La Malédiction de Judas
Développeur Artematica
Éditeur Anaconda
Distributeur Micro Application
Date 13 avr 2007
Genre Mystère
Vue 3e personne 3D
Série
Compatibilité Windows 98 / Windows 2000 / Me / Windows XP / Vista
Plateforme(s) PC
Gameplay Point & Click
Test par Makidoo
Imaginez que vous soyez un journaliste new-yorkais (play-boy à ses heures) répondant au nom de Jonathan Dante. Votre truc, c’est plutôt le people et, apparemment, cela vous réussit puisque vous occupez un superbe loft que très peu de gens en ce bas monde seraient capables de s’offrir. Imaginez également que votre rédac’ chef vous demande de mener à bien l’interview d’un cardinal atypique. Les affaires religieuses ne sont peut-être pas votre spécialité mais, puisque l’interview doit avoir lieu en Floride, vous songez aussi aux autres attraits de la région (mer turquoise, sable chaud et bimbos au teint cuivré). Pas de chance : un coup de fil de Scotland Yard vous annonce que votre oncle – que vous croyiez mort depuis dix ans – vient d’être assassiné et que votre présence à Londres est requise. Exit donc le soleil de Miami et bonjour le smog londonien. Sur place, vous apprenez que votre oncle avait jadis simulé sa propre mort et appartenait aux services secrets du… Vatican. Lui et quelques autres étaient chargés de protéger quelques secrets sur lesquels une méchante secte se serait bien vue faire main basse. Vous voilà donc contraint, bien malgré vous, à prendre la suite de votre oncle et, pour commencer, à trouver les quelques indices que celui-ci aura laissés derrière lui. Les choses se gâtent car – cerise sur le gâteau – vous voilà accusé de deux meurtres que vous n’avez pas commis.

Ceux qui ont lu le best-seller de Dan Brown ou vu le film qui s’en est inspiré (réalisé par Ron Howard) comprendront bien rapidement que toute coïncidence avec le Da Vinci Code est forcément volontaire (on pourrait même ajouter le roman Anges et Démons, du même Brown, dont l’intrigue se situe essentiellement à Rome). Certes, l’histoire n’est pas identique et il n’y est pas question de Léonard de Vinci. Toutefois, les analogies sont suffisamment nombreuses pour que l’on n’y voie qu’un simple hasard. D’ailleurs, le site Internet de l’éditeur (Micro Application) ne s’en cache pas, puisque l’on y lit : "Une enquête mystique dans la lignée du Da Vinci Code" (mention qui, au passage, ne se retrouve ni sur le boîtier, ni dans le livret). Après tout, pourquoi pas ? Reste à voir si le jeu vaut le détour… Autant le dire : que le joueur soit un fan de Dan Brown ou non, il risque d’être assez déçu par La Malédiction de Judas. Prometteur au tout début, le scénario se révèle à la longue assez superficiel, très linéaire et sans guère de surprises.

Le joueur incarne principalement Jonathan Dante mais également Kat et Damien, deux autres personnages rencontrés au cours de l’enquête et poursuivant les mêmes buts. L’aventure débute à New York – dans un bref prologue sans grand intérêt et qui aurait gagné à être résumé dans une courte cinématique – et se poursuit en Europe (Londres, Chartres, Rome et un monastère de la péninsule italienne). Les énigmes que le joueur doit résoudre reposent pour l’essentiel sur la recherche et l’utilisation d’objets ad hoc. À ce sujet, précisons qu’il faut parfois observer deux fois un objet du décor pour en tirer un indice. Par ailleurs, il est nécessaire d’engager la conversation avec les personnages rencontrés et parfois même de revenir à la charge. Enfin, et compte tenu de la source première d’inspiration de ce jeu (les deux romans de Brown où le héros décrypte à tour de bras), on est presque surpris de constater que les énigmes de type "puzzle" sont rares et, en outre, très faciles à résoudre. (Une bonne nouvelle, donc, pour celles et ceux qui ont développé une allergie à ces casse-tête très en vogue dans les jeux d’aventure récents.) La plupart du temps, les énigmes en elles-mêmes ne présentent pas de difficulté majeure. Pourtant, il faut bien avouer que c’est le gameplay qui vient compliquer les choses…

À la base, il s’agit d’un point & click des plus classiques. Les déplacements se font à la souris et sont très aisés : un double-clic gauche permet de faire courir le personnage que l’on contrôle et un simple clic droit donne directement accès à la zone que l’on veut atteindre. Quant à l’inventaire, il est directement accessible au bas de l’écran. Le gameplay serait exemplaire s’il n’était pas carié par deux particularités assez pénibles. Primo, les trois personnages que le joueur incarne partagent les indices découverts à l’aide d’un "Communicateur" (une sorte de PDA) dont l’utilisation n’est pas toujours très claire. Secundo, on remarque la présence d’un bloc-notes qui apparaît lorsque l’on positionne le curseur à droite de l’écran. Il s’agit d’une sorte d’inventaire bis où figurent des idées ou des conclusions pouvant être sélectionnées et interagir avec un personnage, un élément du décor ou de l’inventaire. L’idée n’est pas mauvaise mais, là encore, l’intuitivité n’est pas au rendez-vous. Bref, on peut se demander si l’énigme la plus difficile de La Malédiction de Judas n’est pas la maîtrise de son interface. Surtout que l’on ne trouve pas grande assistance dans un manuel à la limite de l’indigence. (Au passage, le prologue barbant dont nous parlions plus haut, qui n’est pas sans rappeler celui de Martin Mystère, aurait au moins pu trouver une utilité si les développeurs avaient eu l’idée d’en faire un didacticiel permettant de sa familiariser avec les éléments de l’interface.) On notera enfin qu’un système d’aide (similaire à Secret Files : Tunguska) a été prévu : une simple pression sur la barre d’espace permet de révéler les éléments des décors avec lesquels il est possible d’interagir.

Le jeu est réalisé en 2.5D : personnages modélisés et animés en 3D et décors en 2D. Une recette qui a fait ses preuves dans le domaine du jeu d’aventure. Qu’en est-il pour La Malédiction de Judas ? D’une part, les personnages sont "habillés" par des textures bien pauvres et la raideur de leurs mouvements laisse à penser qu’ils souffrent de rhumatismes. Le comble du ridicule étant de voir, dans le final du jeu, les 2 personnages principaux littéralement collés l’un à l’autre, amusez-vous à les faire courir, rigolade assurée. D’autre part, si les décors ont manifestement profité d’une recherche documentaire certaine, leur réalisation graphique ne donne – hélas ! – rien de renversant tant les environnements manquent de finesse. C’est d’autant plus regrettable que le jeu nous invite à visiter quelques hauts lieux de l’Antiquité tardive (le Panthéon de Rome), du Moyen Âge (Chartres) et de la Renaissance (le palais du Vatican) qui, franchement, auraient mérité un meilleur sort ! Au hasard de certains décors, on observe même des zones de flous prononcés qui masquent, à l’occasion, quelques impasses graphiques. Au passage, ceux qui connaissent le film Le Nom de la Rose réalisé par Jean-Jacques Annaud – tiré du roman éponyme d’Umberto Eco – remarqueront sans doute une ressemblance plus que fortuite entre l’édifice abritant, dans ce film, la bibliothèque et le monastère figurant à la fin du jeu.

La bande-son est à l’image du reste : pas folichonne. Les musiques d’accompagnement sont plates et sentent trop le "synthétique". Quant aux doublages, ils se contentent du minimum syndical. Ainsi, la voix de "play-boy" de Jonathan Dante est quelque peu irritante. De même, tout au long du jeu, les tentatives infructueuses seront saluées par de sempiternels commentaires blasés et formatés du genre "Je ne crois pas que c’est une bonne idée" ou encore "Si j’essayais avec ça… Ou avec ça… Ah zut, ça ne marche pas"… Ces répliques feront peut-être sourire durant les dix premières minutes mais, à trop se répéter, finiront par agacer, d’autant plus qu’on ne peut absolument pas les zapper…

Enfin, en dernier point, le jeu a été testé sur deux configurations différentes, aucun bug sur l’une, alors que l’on a pu déplorer pas moins de 3 bugs plus que gênants sur l’autre : 2 bugs similaires, à savoir la disparition du personnage joué à l’écran et un blocage dans les décors, sans aucun autre moyen que de relancer une sauvegarde précédente pour pouvoir rejouer la partie. Autre bug qui ressemble plus à une grossière erreur de programmation : à un moment de l’histoire, lorsque vous jouez le personnage de Kat, vous pouvez revenir dans la maison de votre père, et, ô miracle, retrouver un élément essentiel pris quelque temps auparavant, ce qui a pour effet de relancer la cinématique précédente et de recommencer toute une partie de l’histoire que vous veniez juste de finir… Pas méchant mais quand même extrêmement frustrant…

La Malédiction de Judas est un jeu d’aventure moyen sur toute la ligne, dans le sens où rien ne s’y distingue véritablement, en mal comme en pis :

– une histoire ni passionnante ni désintéressante et peut-être un peu trop inspirée par quelques récents succès de librairie ;
– des énigmes relativement simples mais dont la résolution passe un peu trop souvent par la compréhension d’une interface manquant de clarté ;
– des graphismes manquant de finesse sans pour autant être laids (loin s’en faut).

Au final, La Malédiction de Judas aura donc quelque mal à retenir l’attention des joueurs, qu’ils soient habitués au genre ou non. Le jeu n’est pas déplaisant et reste globalement sympathique. Néanmoins, l’amateur de jeux d’aventure n’y verra, au mieux, qu’un moyen de passer le temps avant la sortie d’un autre jeu d’aventure.


Ce test de Makidoo et Guidoflap provient du Sanctuaire de l'Aventure, qui a fermé ses portes en septembre 2009