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Les Chevaliers de Baphomet 4 Les Gardiens du Temple de Salomon
Développeur Revolution
Éditeur THQ
Distributeur THQ
Date 26 jan 2006
Genre Mystère
Vue 3e personne 3D
Série Broken Sword
Compatibilité Windows XP / Vista / Windows 7 / Windows 8
Plateforme(s) PC
Gameplay Clavier / Souris
Test par Guidoflap
En 1996, Les Chevaliers de Baphomet déboule, tel un bolide, dans le monde du jeu d’aventure. Le jeu frise la perfection et reste, encore aujourd’hui, un modèle du genre. 1997 : un deuxième opus (Les Boucliers de Quetzalcoatl) confirme le succès. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’un troisième épisode voie le jour. Pourtant, l’attente sera longue (six ans ! une éternité en matière de jeux vidéo !) et se concrétisera par la sortie du Manuscrit de Voynich en novembre 2003… Or, on ne peut pas dire que cet épisode ait soulevé l’enthousiasme tant il était déroutant (passage à la 3D-temps réel) et, par certains aspects, agaçant (séquences d’infiltration sans intérêt ; gameplay presque rédhibitoire sur PC). Pour autant, il en fallait davantage pour ruiner l’engouement des aficionados se prenant à espérer un quatrième épisode qui ferait oublier les errements du précédent. Simples espoirs, d’ailleurs, puisque rien n’indiquait qu’une suite verrait le jour. (Selon les annonces, le studio planchait désormais sur un Beneath a Steel Sky 2.) C’est dire si l’annonce d’un Broken Sword 4, en août 2005, a constitué une surprise : bien sûr, on l’espérait mais on ne l’attendait pas, surtout si rapidement ! Ce nouvel épisode des aventures de George Stobbart a finalement paru en France en septembre 2006 sous le titre Les Chevaliers de Baphomet : Les Gardiens du Temple de Salomon. Est-ce nécessaire de préciser que pas mal de fans l’attendaient au tournant ?

George – que l’on imaginait être un juriste plein d’avenir – se retrouve à travailler dans un bureau de cautionnement new-yorkais fort peu reluisant et a le plus grand mal à joindre les deux bouts. Les voyages, les mystères templiers, la belle Nicole : tout cela semble appartenir au passé. Jusqu’au jour où une étrange jeune femme vienne ranimer la flamme de l’aventure qui sommeille en lui. Une histoire de parchemin mystérieux et voilà notre aventurier prêt à franchir montagnes et océans. L’histoire commence donc plutôt bien… Surtout que le sens de la narration est toujours présent (George manie toujours aussi bien les imparfaits et les passés simples). Quant à l’humour, il n’est pas en reste (la conversation avec Sœur Serena est jubilatoire) même s’il paraît quelque fois forcé.

Malgré tout, cette aventure a du mal à décoller et, du coup, à passionner. Si le scénario n’est pas inintéressant, on a quelque peu l’impression qu’il a été écrit au fur et à mesure du développement. Par exemple en ce qui concerne l’arrivée d’une Nico, qui fait son entrée dans l’histoire comme un cheveu sur la soupe, comme si les concepteurs avaient soudainement pris conscience qu’elle devait en faire partie. (Sur ce point, Le Manuscrit de Voynich était nettement plus convaincant, faisant converger les destins respectifs de Nicole et de George avec bien plus de subtilité.) Passons maintenant au côté globe-trotter de George – le goût du voyage et de l’évasion ayant toujours été un dénominateur commun à la série. De Paris à l’Amérique Centrale, en passant par des destinations aussi diverses que la Syrie, l’Afrique, l’Espagne, l’Irlande, etc., on était assuré de bourlinguer. Les Gardiens du Temple de Salomon ne trahit pas le principe et l’on a l’occasion de se rendre à New York, à Rome, à Istanbul et dans l’Arizona. On reste toutefois sur sa faim. Les péripéties stambouliotes et romaines tentent de se maintenir dans la lignée des premiers épisodes mais pas toujours avec succès et, malgré une visite au palais de Topkapi et un crochet par le Vatican, ces passages ne rendent pas grâce à la richesse historique et architecturale des deux villes (un hôtel, un appartement, une rue quelconque, une fabrique d’hosties : bof…). Sans même parler des passages états-uniens, aussi affriolants qu’une cage d’escalier… Ce qui nous emmène aux graphismes…

À l’instar du Manuscrit de Voynich, Les Gardiens du Temple de Salomon est entièrement réalisé en 3D-temps réel (full 3D). Charles Cecil et son équipe semblent donc ici confirmer leur renoncement à la 2D. Une déception, peut-être, pour les puristes qui espéraient un retour aux sources bien plus radical – bien qu’il ne se soit pas agi d’une surprise puisque, bien avant la sortie du jeu, l’utilisation de la 3D avait été annoncée. Utilisant le moteur graphique de Broken Sword 3 (sensiblement amélioré), ce quatrième opus est visuellement très proche de ce dernier et l’on est bien loin de remarquer un gouffre entre les deux épisodes. Si l’on constate effectivement le soin qui a été apporté dans la modélisation des visages (le clochard romain : quelle tronche !), on constate aussi que certaines textures des décors n’ont pas bénéficié d’une recherche très fouillée. Certes, les décors restent agréables à l’œil (on n’en attendait pas moins de la part de Revolution Software) ; d’autant qu’ils sont mis en valeur par un éclairage maîtrisé, contribuant efficacement à estomper les manques de finesse. Néanmoins, les écueils de la 3D ne sont pas toujours évités. Ainsi, les décors apparaissent un peu trop vides et, du coup, manquent de vie (dans les intérieurs, on se demande si un huissier de justice n’est pas récemment passé par là). Pour un jeu d’aventure, le passage à la 3D ne se fait donc pas sans douleur et la première victime est la richesse des environnements. Que l’on se rappelle le foisonnement des décors emplis de poésie du tout premier épisode ("La Risée du Monde", le jardin de la Comtesse, le Musée Crune, etc.) ! Eh bien, on sera bien en peine de trouver ici quelque chose d’équivalent. C’était le cas pour Le Manuscrit de Voynich et cela reste le cas pour Les Gardiens du Temple de Salomon, celui-ci risquant fort peu de convaincre ceux qui avaient fait la moue pour celui-là. Enfin soit… les graphismes ne sont pas tout dans un jeu d’aventure…

Parlons donc des énigmes. Assez bien conçues, elles reposent pour la plupart sur la collecte et l’utilisation d’objets et sont, au final, plutôt équilibrées : ni simplistes, ni véritablement difficiles. Quelques puzzles ponctuent l’aventure mais, en dépit de leur aspect "casse-pieds" de prime abord, ils sont loin d’être insurmontables et s’intègrent en général bien à l’histoire (une réserve tout de même au sujet de l’énigme des vannes de la fontaine à Topkapi (pas forcément difficile mais assez gavante). Notons au passage la présence d’un parchemin (clin d’œil au premier épisode) qui fournira quelques clefs. Signalons aussi que George s’est mis au goût du jour en passant directement de l’étape "je téléphone sur un fixe" à l’étape "j’ai un PDA rien qu’à moi". Ce gadget interviendra dans la résolution de plusieurs énigmes : soit qu’il s’agisse de passer un coup de fil, soit qu’il s’agisse de consulter un certain site Internet à la recherche d’informations (l’auteur du site en question est d’ailleurs une vieille connaissance, mais je ne vous en dirai pas plus). Toujours à l’aide du PDA, George s’initiera également aux joies du hacking, par exemple pour désactiver un système de sécurité. Concrètement, ces énigmes se résument à des mini-jeux de type casse-tête : vous les résolvez et hop ! voilà le système-cible piraté ! Sans pour autant survenir à tout bout de champ, le joueur sera, à six reprises, confronté à ces épreuves assez lassantes. Certes, les puzzles à base de caisses ont disparu mais était-il nécessaire de les remplacer par ces énigmes qui, sans être réellement pénalisantes, n’apportent strictement rien à l’aventure ?... Pour terminer, il faut encore préciser que les phases d’infiltration n’ont pas été totalement abandonnées et, bien qu’elles soient assez peu nombreuses et sans grande difficulté, elles ne sont pas particulièrement passionnantes.

Sur le plan du gameplay, Revolution Software a, en revanche, clairement révisé sa copie et effectue un retour aux sources. Il s’agit à nouveau d’un point & click où les manœuvres (déplacements, interactions) s’effectuent à la souris, bien qu’il soit aussi possible de jouer au clavier. Ainsi, pour ce qui est des déplacements, il suffit d’un simple clic et, en jouant sur la molette de la souris, on décide de la vitesse de déplacement (marche ou course). Le pathfinding est relativement correct mais imparfait, par exemple lorsque l’on passe d’un décor à un autre. Surtout que, à ces moments précis, la caméra risque de s’en mêler ou – devrais-je dire – de s’emmêler… les pinceaux ! Ces quelques désagréments restent cependant épisodiques. L’inventaire, quant à lui, n’est pas sans rappeler celui des deux premières aventures : figurant au haut de l’écran, il est directement accessible par un simple clic de souris. Il est néanmoins dommage que ce retour aux sources se traduise par l’exclusion des joueurs sur console. Et pour cause : le jeu n’est sorti que sur PC ! À croire qu’il est aujourd’hui impossible de sortir un jeu d’aventure sur plusieurs plateformes en prenant soin d’adapter le gameplay à chacune d’entre elles…

La bande son est une nouvelle fois réussie. Sans égaler les sommets atteints par les compositions de Barrington Pheloung lors du premier opus, les musiques sont plaisantes à l’oreille et accompagnent efficacement les phases du jeu. Quant aux doublages, ils ne font que confirmer le soin qu’a toujours apporté Revolution Software à la localisation française, et ce en dépit de quelques boulettes assez grossières. Une fois de plus, l’excellentissime Emmanuel Curtil (la "voix" de George) accomplit des prouesses pour notre plus grand bonheur ! La voix de Nicole, quant à elle, a changé mais reste tout à fait agréable et colle assez bien au personnage. Certains apprécieront, d’autres moins : personnellement, j’ai un petit faible pour la voix originelle mais bon, c’est une affaire de goût, et les goûts sont parfois forgés par l’habitude…

Les Gardiens du Temple de Salomon est un jeu soigné et intéressant – il est vrai que, jusqu’à preuve du contraire, Charles Cecil n’a jamais été du genre à se moquer de son public. Pourtant, les avis risquent d’être partagés… D’un côté, Les Gardiens du Temple de Salomon pourra satisfaire les amateurs de jeux d’aventure qui n’ont pas connu les premiers opus de la série "Broken Sword". D’un autre côté, les aficionados seront déçus par un manque de charme évident en regard des premiers épisodes. Pour tout dire, je ne suis pas loin de penser qu’un Manuscrit de Voynich nanti du gameplay des Gardiens du Temple de Salomon aurait donné naissance à un bien meilleur jeu d’aventure.

Reposant avant tout sur un héritage prestigieux, Les Gardiens du Temple de Salomon ne risque pas de s’imposer comme chef d’œuvre, contrairement à son illustre ancêtre. En effet, si le jeu est globalement agréable et possède de réelles qualités, on en attendait davantage… bien davantage… En définitive, force est de constater que la série s’essouffle et a du mal à se distinguer dans un contexte vidéoludique qui, à l’heure actuelle, voit le retour en force du jeu d’aventure.


Ce test de Guidoflap provient du Sanctuaire de l'Aventure, qui a fermé ses portes en septembre 2009