Plan�te Aventure
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Rama
Développeur Dynamix
Éditeur Sierra
Distributeur Sierra
Date 1er jan 1996
Genre Puzzle / SCI-FI / Film interactif
Vue 1ère personne 2D/3D
Série
Compatibilité DOS / ScummVM / Windows 95 / Windows 98 / Me / Windows XP / Windows 7 / Windows 8 / Windows 10
Plateforme(s) Mac | PC
Gameplay Point & Click
Test par Guidoflap
De l’antique Space Invaders au tout récent Crysis, on ne compte plus les jeux vidéo (tous genres confondus) puisant largement dans les thèmes de la science-fiction… Les jeux d’aventure ne sont pas en reste bien qu’il faille reconnaître que la SF n’est pas ce qui inspire le plus leurs créateurs. Il reste néanmoins que les jeux d’aventure SF (et non des moindres !) ne sont pas rares. Citons par exemple Beneath a Steel Sky, The Dig, la série des Tex Murphy ou, plus récemment, The Moment of Silence et Reprobates. En revanche, les jeux d’aventure s’inspirant d’un récit de science-fiction connu sont bien plus rares. C’est le cas de Blade Runner (en réalité moins calqué sur le roman de Philip K. Dick que sur l’adaptation cinématographique de Ridley Scott) ou de I have no mouth but I must shout, tiré d’une nouvelle d’Harlan Ellison. Et c’est également le cas de Rama.

Rama s’inspire d’un roman d’Arthur C. Clarke publié en 1973 et intitulé Rendez-vous avec Rama1. (J’ouvre ici une brève parenthèse, simplement pour préciser que Clarke est notamment – et notoirement – connu pour être l’auteur de la nouvelle qui est à l’origine du film de Stanley Kubrick 2001 : Odyssée de l’Espace2.) Le roman Rendez-vous avec Rama conte l’histoire d’un gigantesque astéroïde venant faire, au XXIIe siècle, une incursion dans notre système solaire. Baptisé "Rama" (du nom d’une divinité hindoue), cet astéroïde est l’objet d’un vif intérêt de la part des Terriens et une équipe d’exploration est constituée. Or, loin d’être un simple caillou, ce dernier se révèle être creux et contenir un univers énigmatique, créé, selon toute vraisemblance, par une civilisation dotée d’une technologie extrêmement avancée. Tout à la fois accueillant et hostile, tout à la fois familier et étranger, Rama est en quelque sorte une métaphore de notre bonne vieille Terre…

Le jeu vidéo Rama, quant à lui, s’inspire librement du roman d’Arthur C. Clarke et des suites écrites en collaboration avec Gentry Lee. Alors que l’exploration de l’astéroïde en est encore à ses débuts, l’un des membres de l’équipe trouve la mort. C’est là que le joueur entre en scène, car le voilà chargé de remplacer le défunt au pied levé. (Très engageant, n’est-ce pas ? Mais, au moins, sait-on d’emblée qu’élucider les mystères de Rama ne sera pas sans danger…) Sur place, le joueur a rapidement l’occasion de rencontrer les autres membres de l’équipe et, au fil des conversations, de recueillir quelques informations qui lui permettront, non seulement de se faire une idée sur l’avancement des recherches, mais également de se rendre compte que les relations entre ses nouveaux collègues ne se caractérisent pas toujours par une saine émulation et une franche collaboration ! Deux clans se distinguent parmi les explorateurs : ceux qui voient en Rama un terrain de recherche inespéré et ceux qui ne parviennent pas à s’ôter de la tête que cet étrange vaisseau constitue une menace grave pour la Terre. On retrouve donc la classique opposition entre "colombes" et "faucons"… Ceci dit, le véritable personnage à découvrir dans Rama sera… l’astéroïde Rama lui-même, que l’on est amené à explorer. Et, à l’occasion, l’on y découvrira même de singuliers occupants…

Pourtant, si le joueur a bel et bien l’occasion de visiter plusieurs environnements pour le moins surprenants et d’y découvrir quelques objets utiles, le jeu repose avant tout sur une succession nourrie de casse-tête panachant puzzles logiques et puzzles mathématiques. Un exemple… Le joueur verra (peut-être un peu trop) souvent sa progression bêtement bloquée par une porte qui refuse de s’ouvrir à moins d’en découvrir le code. Or, comme rien n’est simple dans ce monde singulier, il découvrira que les constructeurs de Rama utilisaient plusieurs systèmes de numération : notre base décimale (base 10), mais aussi les systèmes octal (base 8) et hexadécimal (base 16)3. Vous l’aurez deviné, plusieurs énigmes reposent sur des conversions entre ces bases. Ce n’est pas mal vu et c’est même justifié par le scénario. Ainsi, l’une des deux espèces rencontrées ressemble fort aux pieuvres de nos mers et, nantie par Mère Nature de huit tentacules, quoi de plus logique, donc, à ce qu’elle utilise un système de numération reposant sur huit chiffres ! En outre, ces aimables céphalopodes n’utilisent bien évidemment pas les chiffres arabes pour représenter ces 8 chiffres, ce qui corse l’affaire !... (Je ne parlerai pas de l’autre espèce qui, elle, compte en base 16 !)

Une telle avalanche de puzzles réjouira les amateurs mais risquera, à l’inverse, d’assommer les joueurs peu friands de ce type d’énigmes. Du coup, d’aucuns pourront légitimement se demander si, en définitive, Rama ne se résume pas à une simple succession de puzzles plus ou moins scénarisés. Or, le jeu parvient à conserver son statut de jeu d’aventure, au moins pour deux raisons… D’une part, le scénario reste un élément central et, loin de servir de simple prétexte à ces puzzles, il est suffisamment bien conçu pour que certains réfractaires éprouvent l’envie de poursuivre. D’autre part, des graphismes soignés soutiennent efficacement le scénario en apportant un réel charme au jeu.

Justement, attardons-nous un instant sur les graphismes… Rappelons avant tout que Rama a vu le jour en 1997 et qu’il ne saurait donc être ici question de la moindre comparaison avec les jeux actuels… Cependant, à l’aune de ses contemporains, force est de constater que, Rama est une réussite graphique. En mariant des décors de synthèse et des acteurs en chair et en os (un concept courant à l’époque, mais abandonné aujourd’hui), les graphistes de Rama ont accompli un superbe travail – dépaysant, envoûtant même par moment – donnant ainsi vie à un univers de science-fiction original. Pour l’anecdote, on remarquera quelques cinématiques au cours desquelles Arthur C. Clarke en personne viendra (notamment en cas de boulette !), nous tirer les oreilles avec un humour très british, mais aussi nous prodiguer quelques conseils…

Quant au gameplay, on ne se fera guère de souci à ce sujet. Il s’agit d’un "point & click" à la première personne en bonne et due forme (tout se joue à la souris). La prise en main ne comporte donc pas de difficulté particulière.

Truffé de puzzles logiques, Rama risque de lasser les joueurs résolument allergiques à ce genre d’énigmes. Malgré tout, le scénario parvient à rester au premier plan, empêchant le jeu de se résumer à un simple chapelet de casse-tête. D’autant qu’une réalisation graphique pour le moins travaillée contribue à l’immersion. Le jeu (qui ne fait pas injure au roman d’Arthur C. Clarke qui l’a inspiré) réussit ainsi à restituer un univers original et incontestablement attachant. Du coup, il n’est pas impossible que quelques réfractaires aux puzzles se trouvent séduits. (Précisons tout de même que, en raison de la complexité de certaines énigmes, Rama n’est pas destiné à un jeune public.)

Ce test de Guidoflap provient du Sanctuaire de l'Aventure, qui a fermé ses portes en septembre 2009

Notes

1. Arthur C. Clarke, Rendez-vous avec Rama, éditions J’ai Lu. Plusieurs suites à ce roman ont vu le jour, signées Arthur C. Clarke et Gentry Lee.

2. La nouvelle en question s’intitule La Sentinelle (1951). Clarke et Kubrick travaillèrent ensemble sur le scénario du film 2001 : Odyssée de l’Espace… À l’occasion de la sortie de ce dernier, Clarke publia une nouvelle mouture de son récit : la nouvelle La Sentinelle devint le roman 2001 : Odyssée de l’Espace…

3. Rappelons qu’une base n utilise n chiffres pour écrire tous les nombres : le système décimal utilise les dix chiffres auxquels nous sommes habitués (de 0 à 9), mais l’octal (base 8) en utilise deux de moins (de 0 à 7). Quant à l’hexadécimal (base 16), il en utilise six de plus (de 0 à 9, puis A, B, C, D, E et F). Par exemple, le nombre décimal 10 s’écrit 12 en octal et A en hexadécimal ; pour 255, cela donne respectivement 377 et FF. (Le joueur (re)découvrira avec bonheur la calculatrice scientifique intégrée à Windows qui permet ces conversions. Et il appréciera la combinaison de touches Alt+Tab qui, elle, permet de jongler entre cette application et le jeu lui-même !…)