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Moebius Empire Rising (Online)
Développeur Phoenix Online Studio
Éditeur Pinkerton Road Studio
Distributeur Phoenix Online Studio
Date 16 mai 2016
Genre Mystère
Vue 3e personne 2D
Série
Compatibilité Windows XP / Vista / Windows 7 / Windows 8 / Linux
Plateforme(s) Mac | PC
Gameplay Point & Click
Test par Maitrelikeao

Moebius – Empire Rising : l’archi-archétype qui tue l’archétype


Jane Jensen est connue de tous sur Planète Aventure. Même si vous n’avez jamais touché à un jeu Sierra ou Phoenix Online, vous connaissez sûrement son héros charismatique Gabriel Knight.

Que l’on apprécie ou non le style Jensen, il faut avouer que cette dernière est une excellente scénariste qui sait tenir son lectorat en haleine quand elle décide de nous plonger au cœur de ses polars teintés d’ésotérisme quitte à tomber dans tous les clichés possibles afin de ne pas sacrifier le rythme d’une intrigue passionnante rondement menée.

De plus en tant que créatrice de jeux d’aventure, on peut mettre à son crédit d’énormes prises de risques quant aux différents choix artistiques, graphiques et mécaniques de jeux qu’elle a su prendre en anticipant souvent la future mode vidéo-ludique. Il fallait avoir un certain courage pour passer dans la même série du dit Gabriel Knight d’un p&c pixélisé à un Full Motion Vidéo à enfin une aventure 3D en temps réel dans le – depuis trop longtemps - dernier opus de la franchise.

Ses choix audacieux n’ayant pas toujours été payants dans tous les sens du terme, JJ comme elle est souvent appelée, s’est tournée vers la réalisation de jeux plus causals après la fermeture de Sierra. Ces derniers même s’ils ne font pas partie du fleuron de l’aventure sont de très bonnes réalisations dont le succès lui aura permis de réaliser fin 2010 Gray Matter, un excellent p&c « parapsychologique » doté d’une réalisation magnifique mais assez classique. Malheureusement l’ère du P&C à la troisième personne en 2.5D avec résolution d’énigmes faisant avancer une histoire plus ou moins intéressante était révolue. On peut imaginer que si Gray Matter était arrivé sur le marché du temps de la splendeur des Syberia, Black Mirror et autre The Longuest Journey il aurait eu le succès escompté. Mais l’exploitation jusqu’à la trame du concept dans des franchises sympathiques mais de moins en moins originales et peu stimulantes intellectuellement ont épuisé le filon et déçu l’attente des joueurs.

Cependant de « nouvelles » formes de P&C étaient en train d’émerger afin de renouveler le genre et l’intérêt de ces derniers : la 2D de Daedalic avec des graphismes peints à la main, le rétro-pixel de Wadget Eye et le style TellTale délaissant de plus en plus l’énigme au profit l’implication du joueur dans l’histoire… Tous ces modèles ont certainement réussi leur pari grâce à l’énorme coup de pouce des campagnes participatives qui ont fait fureur dans la première moitié des années 2010.

C’est donc logiquement que JJ s’est lancée en 2012 dans l’aventure Kickstarter tout en créant son propre studio : PinkerRoad du nom de sa résidence aux États-Unis. Le succès de cette campagne lié à l’attente des fans d’un hypothétique Gabriel Knight 4 a abouti à la création de trois jeux :
  • Lola &Lucy : un agréable livre interactif pour enfants en anglais
  • Le dispensable mais sympathique Gabriel Knight 1 HD qui aura eu le mérite de (re)faire découvrir la première aventure du Schtengager à une nouvelle génération de joueurs
  • Ni GK 4 ni Gray Matter 2, mais bien une aventure inédite que Jane a encore eu l’audace de mettre en chantier : Moebius – Empire Rising.
C’est sur ce dernier que portera donc ce test après cette longue introduction. Et si on peut dire qu’un jeu souffle le chaud et le froid : il s’agit bien de Moebius !

En effet si le soft possède beaucoup d’éléments positifs à son actif : écriture/rythme de l’histoire maîtrisés, mécanismes de jeu originaux, bon équilibre entre résolution des énigmes et résolution de l’intrigue, Moebius est truffé de carences frôlant le rédhibitoire et n’est sauvé – de justesse que par le regard sympathique que l’on peut porter sur un téléfilm du samedi soir manquant de moyens mais suffisamment prenant pour attendre l’épilogue.
Les graphismes sont le premier point noir du jeu. Passé un simple mais efficace générique sublimé par la musique de Robert Holmes et la voix de sa fille Riley on découvre des animations catastrophiques et des perspectives d’arrières plans totalement fantaisistes qui ont pour effet de limiter l’immersion du joueur. Les couleurs choisies offrent une ambiance rococo qui si elles fonctionnaient parfaitement dans l’univers des 90’s de la Nouvelle Orléans de Gabriel Knight HD, sont totalement décalées et incongrues dans le monde contemporain de Moebius.
C’est Phoenix Online à qui l’on doit The Silver Linning (suite non officielle de King’s Quest), Gabriel Knight HD et Cognition qui a été en charge de la réalisation de Moebius. Si le studio a fait quelques progrès sur la copie rendue pour GK1 HD, entre Cognition - déjà catastrophique au niveau de l’animation - et Moebius ce n’est définitivement pas le cas. C’est même pire car si Cognition nous a envoûtés par l’excellence de son scénario, celui de Moebius n’est pas suffisamment maîtrisé pour passer outre ce défaut.

Pourtant après avoir écrit un Gray Matter envoûtant et participer à un Cognition haletant, on aurait pu espérer de Jane Jensen un scénario au moins aussi passionnant. Malheureusement dans Moebius il faudra se contenter d’une histoire au rythme efficace mais bancale du point de vue au traitement des personnages.

Si JJ avait su utiliser jusque-là les archétypes de façon judicieuse :
  • le charmeur loser au destin hors du commun pour Gabriel Knight,
  • la rebelle et l’acariâtre pour Gray Matter
  • la super flic brisée par le destin dans Cognition, dans Moebius elle use et abuse de tous les poncifs imaginables.
Le personnage principal est le stéréotype du déducteur asocial et arrogant, son collègue celui du boy-scout à l’humour carambar (je n’exagère pas il y a même un trophée pour célébrer ça), sa secrétaire blonde glaciale secrètement amoureuse, son patron est le mystérieux dirigeant d’un organisation secrète un peu trop louche pour être honnête, le flic carbure aux beignets pour être suffisamment bedonnant … Tout ce « gentil » petit monde devra sauver une jeune femme blonde en détresse des griffes de méchants très sournois (des ninjas, des orientaux, les ex de la CIA, ils ne manquent plus que les Russes du KGB et les barons de la drogues qui étaient certainement en RTT) pour la ramener saine et sauve à son futur mari/président des États Unis, bref un certain D T avant l’heure car qui de mieux qu’un mâle alpha blanc et protestant pour diriger le monde. Entre temps ce dernier aura eu le bon goût de répudier son encombrante maîtresse qui comme toute femme vénale qui se respecte est bien sûre brune, manipulatrice et empoisonneuse à ses heures perdues.

Alors oui vous allez me dire l’histoire de Moebius se base effectivement sur la théorie ésotérique prétextant que le temps est une boucle infinie et que les (grands) destins et modèles se répètent dans le temps. Le « héros » a la capacité de déduire le pattern d’une personne et quel archétype elle représente : le chef/empereur charismatique (Auguste), l’artiste génialissime (Michel Ange), le faiseur de roi, le déducteur, le protecteur...

En soi l’idée est très intéressante, Agatha Christie faisait dire à Miss Marple que le monde n’était rempli que de peu d’archétypes différents et que les caractères de ses voisins de Sainte Mary Mead pouvaient s’extrapoler sur d’autres « suspects » dans ses enquêtes. Mais là où la reine du crime traitaient des petites qualités et défauts qui définissent tout un chacun, dans Moebius on a le désagréable sentiment que l’on ne parle surtout que des puissants qui l’ont été et le resteront quelle que soit la roue du temps. Les adeptes du libre arbitre pleureront des larmes de sang en faisant ce jeu qui semble confirmer que le déterminisme n’est même plus social mais carrément encré dans le destin.
A côté de ça l’histoire se déroule de façon très fluide car les énigmes sont logiques et relativement simples. Les mécanismes de déductions de Malachi le héros sont originaux et intéressants en termes de gameplay même s’ils auraient mérité d’être un peu plus complexes et nombreux. Il vous faudra une bonne dizaine d’heures pour boucler l’aventure et un peu plus pour trouver tous les œufs de pâques et tester quelques choix différents. Car effet si le héros s’éloigne trop d’un certain pattern on obtiendra un game over à l’instar un peu d’Assassin Creed. L’hélice ADN brisée étant ici remplacée par l’anneau de Moebius rompu. Sauf que cette mécanique n’est utilisée que deux ou trois fois et poussée à son maximum seulement lors de l’épisode du Caire. C’est dommage car les énigmes étant globalement accessibles un peu plus de difficulté ajoutée à cet aspect du jeu aurait été très appréciable.

On en attendait peut-être un peu trop de Jane Jensen. Espérons que son audace et son inventivité reviendront bientôt titiller nos neurones et notre imaginaire. De plus Moebius est arrivé après les excellentes réinterprétations du mythe de Sherlock Holmes sur petits et grands écrans et la comparaison n’est malheureusement ici pas à son avantage.

P.S. : Mention spéciale à l’excellent patch Fr réalisé par Ghylard qui a permis à de nombreux aventuriers de jouer à Moebius dans de bonnes conditions avant la sortie très tardive des sous-titres officiels.

En détail
+ - Jeu complet délivré dans les délais à l’issu de la campagne participative.
- Générique d’introduction interprété par Riley Holmes aka Erica Reed, l’agent très spécial de Cognition.
- JJ sait scénariser ses histoires et nous garder en alerte : on veut connaître la fin !
- Énigmes bien intégrées à la progression de l’histoire.
- Temps de jeu satisfaisant au vu des standards actuels
- Enfin sous-titré en français.
- - Énigmes trop faciles.
- Mécanismes de déductions assez originaux mais finalement peu stimulants.
- Trop longtemps vendu en anglais malgré les promesses de la campagne.
- Histoire archi convenue avec un Doctor House law cost.
Graphisme
9 /20
Clairement la grosse faiblesse technique de Phoenix Online.
Jouabilité
12 /20
Rien de réellement révolutionnaire. Les énigmes sont trop simples et offrent trop peu de challenges. Les déductions de Malachie qui ont été présentées comme le point fort du gameplay de Moebius si elles sont originales et n’apportent finalement que peu de challenges bien qu’elles aient le mérite de toujours rester au service de l’histoire.
Scénario
10 /20
Sauvé de justesse des crocodiles...
Son
13 /20
Robert et Riley Holmes forment un duo détonant avec Scarlet Fury. Mais après un excellent générique d'ouverture on retrouve le même type d'ambiance musicale que dans Gabriel Knight. On aurait aimé une partition un peu plus originale pour donner une identité plus forte au jeu comme dans Gray Matter.
Intérêt général
11 /20
Dans Moebius Jane Jensen a-t-elle fait preuve d’audace et d’avant-gardisme ? Et bien la réponse est clairement non. Reste un jeu sympatoche pour s’initier au genre ou pour les fans invétérés de JJ.